
Légendes
(Saint-Victor de
Beauce)
Les rats sur
le labour.
Un homme qui
laboure son champ le jour des Morts voit surgir des rats sur le sol.
Le jour des
Morts, il était défendu de travailler. Il ne fallait surtout pas remuer la terre, parce
que ce jour-là, l'âme des morts est à "fleur de terre".
Mais le grand
Baptiste, lui, faisait tout différemment des autres, avait décidé de labourer. Il
réussissait difficilement à mener son cheval tout en conduisant sa charrue; sutout qu'il
labourait un terrain "rochu et côteux". Après quelque temps passé ainsi à
retourner la terre avec difficulté, il vit venir vers lui un petit garçon qu'il ne
connaissait pas mais qui s'offrit pour toucher le cheval. Le grand Baptiste, exténué, ne
demandait pas mieux, et il réussit à remuer deux fois plus de terre qu'il ne le
faisait d'habitude dans le même temps.
Rendu au soir,
l'homme demanda au petit garçon combien il lui devait pour son travail. "Rien,
répondit le jeune inconnu, mais avant de retourner chez moi , je voudrais vous montrer
quelque chose". Puis il ajouta : "Croyez-vous que je peux faire un rat avec de
la terre glaise?" "Ah! si tu es capable", lui répondit le laboureur.
Le petit garçom
ne perdit pas de temps; il ramassa une motte de terre. La façonna, puis la posa par
terre. Sapré maudit! C'était un vrai rat. Pas trop "rougeaud", Baptiste
lui dit: "Oui, mais il n'est pas en vie". En disant cela, il entendit crier des
rats qui surgirent sur le labour et se mirent à courir. Apeuré, le laboureur regarda
vitement vers le petit garçon, mais celui-ci avait disparu. Le grand Baptiste réalisa
alors qu'il avait passé la journée en compagnie du diable venu lui servir une leçon et
ce, sous la forme d'un enfant.
Il s'empressa de
ramener son cheval à l'écurie et de le dételer, puis il courut à l'église se joindre
aux fidèles qui assistaient alors aux vêpres. Il entra dans le temple au moment où le
curé faisait son sermon. Le pasteur disait alors: "Mes frères je me souviens
d'avoir vu un jour un laboureur qui travaillait la terre au lieu de venir à l'église le
jour des Morts; et lorsqu'il termina sa dernière raie de charrue, le diable lui est
apparu et il prit le cheval du laboureur par la bride et l'emmena avec lui aux
enfers". Le grand baptiste se coucha ce soir-là en pensant à l'aventure qui lui
était arrivée, et il remercia le ciel de lui avoir laissé son cheval.
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