
Légendes
Le cheval qui
rallonge.
(Beauport,
Québec)
Des musiciens qui
ont joué de la musique en temps défendu
montent sur un
cheval qu va les précipiter dans le fleuve Saint-Laurent
Bien que l'on
fût au mois de mars, les fortes pluies qui avaient duré presque une semaine,
fournissaient à l'écluse du moulin seigneurial un débit d'eau suffisant pour faire
tourner les meules. Les habitants de Beauport en profitaient donc pour faire moudre leur
blé. L'activité était grande; on attelait et dételait des chevaux, des enfants
s'amusaient à sauter sur les sacs de blé, et les meules du moulin menaient un bruit
d'enfer. De son côté, la salle des habitants, située sous les combles, accueillait
chaque jour des douzaines de personnes en attente de leur monture.
Comme c'était un
vendredi, des jeunes gens rassemblés là en vinrent à parler d'organser une soirée de
danse le lendemain, dans cette même salle. Le meunier se laissa d'abord tourmenter, mais
il finit par leur en donner la permission. Ce samedi soir donc, on avait réuni plus de
muciciens que jamais; aussitôt qu'une équipe se sentait fatiguée, une autre lui
succédait. Ils s'amusèrent si bien, que, le bon vin aidant, ils n'abandonnèrent les
lieux qu'après en avoir été chassés par le meunier qui craignait que ces
divertissements prolongés sur les premières heures du dimanche n'attirent des malheurs,
Tout ce beau
monde se répandit donc sur le chemin du Roi. Des musiciens qui avaient traversé de
l'île d'Orléans pour venir sauter faire sauter les danseurs de Beauport, regagnèrent
les rives du Saint-Laurent: ils allaient reprendre leur barque pour traverser à l'Île.
Après avoir vidé les restes de leurs bouteilles de "réconfortant", ils s'en
allaient lentement, harassés de fatigue. Ils prêtèrent soudain l'oreille, car ils
entendirent un bruit de galop de cheval se rapprocherd'eux, Bientôt, ils virent arriver
un cheval dont le corps était d'une longeur démesurée. Ils en furent d'abord surpris,
mais devant l'affabilité du cheval, ils décidèrent de le monter tous à la fois pour se
faire transporter jusqu'à la rive. Et c'est ainsi que les violoneux, les
accordéonnistes, les joueurs d'hamonica et de guimbarde, se retrouvèrent tous à
califourchon, l'un derrière l'autre, sur le long cheval.
Surprise! Au lieu
de marcher sur le sol, le cheval s'éleva dans les airs et, après quelques minutes de
trajet, au lieu de les laisser descendre sur la rive, le cheval s'avanca jusque dans
l'eau. Puis, voila que soudain le corps du cheval se mit à "se rabouciner", et
les musiciens se virent alors, à tour de rôle, précipités dans le fleuve.
Heureusement, ils réussirent tous à échapper à la noyade. Quant au cheval, lui, il
avait aussitôt repris les airs en poussant de grands éclats de rire.
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