
Légendes
La mare aux
feu follets
(Île d'Orléans,
Montmorency)
Des enfants qui
se sont attardés le soir rencontrent une bande de feux follets.
Jadis, il y avait
plusieurs endroits à éviter la nuit. On raconte par exemple que si l'on "faisait de
la clôture" après le coucher du soleil, dans le trait-carré, on verrait sauter des
feux follets d'une tête de piquet à l'autre. Également, l'on ne faisait pas non plus de
"terre neuve" une fois la noirceur venue, car on risquait disait-on, de
détruire des nids de feux follets en arrachant les souches du sol. Puis, les marins se
gardaient bien de siffler après le coucher du soleil lorsqu'ils marchaient sur le pont de
leur navire: des feux follets auraient pu se manifester à l'extrémité des mâts.
"Un soir,
raconte ma grand-mère, alors que j'étais jeune, j'étais allée veiller avec mes petites
soeurs et mes frères chez ma tante qui demeurait dans le "rand simple" jouxtant
notre terre. On s'était bien amusé et l'on n'avait pas vu le temps passer. Lorsque ma
tante nous dit qu'il valait mieux nous mettre en route pour retourner chez nous, on est
resté surpris de s'être faits "prendre à la noirceur". "N'ayez pas peur,
nous dit alors ma tante, il fait clair comme dans le jour, la lune est dans son plus
fort". Je vous assure qu'on ne badinait pas sur le sentier qui traversait les champs
et l'on trouvait la maison de nos parents bien éloignée ce soir-là.
Le trajet
s'effectua bien jusqu'à ce que l'on en vienne à approcher de l'étang aux grenouilles.
Là, il fallait franchir le ponceau qui l'enjambait et ma petite soeur, qui avait pris le
devant, s'arrêta brusquement au moment de passer sur le pont. "Hey! dit-elle, il y a
des feux follets qui sautillent partout sur l'eau". Paralysés par la peur, on
s'arrête brusquement en se rapprochant les uns des autres. Mais il fallait bien passer
pour atteindre notre maison qui était maintenant en vue. Sans nous avertir, le plus vieux
de mes frères s'écrasa soudainement sur ses jambes et il bondit vers le pont qu'il
traversa presque sans le toucher. Nous ne pouvions plus hésiter: il faillait en faire
autant pour aller le rejoindre de l'autre côté de la mare. Moi qui étais la plus jeune,
je me souviens encore que quelqu'un me prit par la main et que je volais presque dans
les airs. Mais au moment de franchir le pont, la mare s'anima de flamèches et des cris
s'élevèrent de l'eau en résonnant.
Lorsqu'on entra
finalement dans la maison, pâmés d'avoir tant couru, ma mère nous rassura en disant que
les soirs de pleine lune, les crapauds s'amusent à sautiller sur l'eau en sifflant, et
que c'était l'éclat de la lune sur leur dos qu'on avait pris pour des feux follets.
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