
Légendes

Les voleurs de
citrouilles
Des voleurs de
citrouilles sont aux prises avec des feux follets.
(Pointe-Aux-Trembles,
Montréal)
Le 31 octobre au
soir, appelé "soir des tours", les jeunesses en profitaient pour jouer des
tours aux voisins. Ils déplaçaient des ponceaux, des animaux d'étable, renversaient des
voitures, etc. Et comme on en était arrivé à cette nuit-là, des jeunes gens du village
décidèrent d'aller voler les citrouilles du jardin de la vieille Maria. Ils s'en
serviraient le surlendemain, jour des Morts, pour se transformer en "revenants"
et apeurer les gens qui retournaient à la maison après être allés aux vêpres.
L'année précédente, à pareille date, ils avaient même réussi à faire courir des
hommes d'âge mûr, alors qu'ils avaient placé aux abords d'un pont des citrouilles
évidées contenant des chandelles allumées.
Ils se rendirent
donc en silence jusque dans le potager de la vieille dame et se cassèrent chacun une
belle grosse citrouille qu'ils transportaient précieusement dans leurs bras. Ils avaient
déjà quitté le jardin lorsqu"ils entendirent venir un chien parti à leur trousse
en aboyant. Sans laisser tomber leur butin, ils se mirent à courir à vive allure en
direction de la boutique de forge où ils avaient prévu de préparer leurs têtes de
fantômes illuminées. Les jappements du chien se rapprochant de plus en plus, ils
décidèrent d'abandonner le sentier habituel pour traverser le cimetière et ainsi
raccourcir la distance qui les séparait de la forge. Mais ce chemin, s'il était
avantageux, n'était pas sans les exposer à des surprises; puisqu'il fallait en effet
beaucoup de hardiesse pour le franchir en pleine nuit.
À peine
s'étaient-ils aventurés dans le cimetière qu'ils entendirent des crépitements venant
de toutes parts et que des feux follets commencèrent à voltiger d'une pierre tombale à
l'autre, décrivant des jets lumineux dans les airs. Ils se courbèrent aussitôt vers
l'avant, faisant de plus grandes enjambées pour s'échapper le plus rapidement possible
de ce lieu hanté. Ils en avaient oublié le chien, tant la peur des fantômes les
tenaillait, lorsqu'une voix caverneuse qui semblait venir du charnier lança: " Des
prières! Des prières!". Il s'en suivit un sauve-qui-peut indescriptible. Des
citrouilles roulèrent par terre et on entendit le bruit sec d'une barrière écrasée par
un voleur: il avait préféré passer à travers plutôt que de prendre le temps de
l'ouvrir.
Le lendemain,
aucun d'eux ne souffla mot de cette aventure, mais des hommes d'âge mûr du village se
réjouissaient de leur avoir joué un tour bien mérité.
(Tiré du livre Légendes
des villages)
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