
Légendes

Le courrier du
Roi
Un Blanc devenu
amoureux d'une Amérindienne est mis en déroute par un ours dompté.
(Odanak, Yamaska)
Monsieur Pagé,
le courrier du Roi qui venait de Sorel en canot par la rivière Saint-François, était
attendu avec plaisir à Odanak: il apportait les nouvelles de la parenté éloignée trois
ou quatre fois par an. En hiver on voyait venir à la fine épouvante son beau cheval gris
attelé à un berlot rouge. Les clochettes de son attelage produisaient un tintement bien
particulier et on le reconnaissait de loin. Il avait droit de passage en priorité et
aussitôt que les conducteurs de véhicule entendaient crier: "Courrier du Roi",
ils se rangeaient de côté pour le laisser passer.
Mais on finit
bien par remarquer que s'il distribuait son courrier avec empressement dans la plupart des
maisons, il s'arrêtait longuement dans une demeure où vivait une belle abénakise. Les
jeunes gens du village en devinrent jaloux et voulurent donner une leçon à cet étanger.
Le père de la
jeune fille avait un jour trouvé un ourson près de sa mère prise dans un piège. Devenu
adulte et bien dompté, l'animal obéissait fidèlement au vieux chasseur. Un jour que la
jeune fille était partie à la cueillette de "foin d'odeur" pour façonner des
paniers des jeunes gens, de connivence avec son père, firent entrer l'ours dans la maison
en prévision de la visite du courrier du Roi. Comme d'habitude, il se dépêcha de faire
sa distribution dans le village puis traversa le parterre de sa maison préférée le
sourire aux lèvres, pensant aux moments agréables qui l'attendaient. Connaissant bien
les lieux, il ouvrit la porte sans frapper et il alla mettre le pied à l'intérieur quand
l'ours, en grondant,debout et les "bras ouverts", fit deux ou trois pas en
direction du courrier Pagé pour le recevoir avec effusion.
Le pauvre Pagé
qui s'attendait à une toute autre réception crut sa dernière heure arrivée. Il quitta
prestement la maison , blanc de peur, et il franchit le parterre en deux ou trois
enjambées puis traversa le village d'un trait.
On rapporte
d'ailleurs que dans son affolement, son sac à malle se vida de son contenu et qu'il n'y a
pas si longtemps, cent ans après l'événement, on trouvait encore des lettres qu'il
n'avait pas remises.
Quant à Pagé,
les gens d'Odanak ne l'ont jamais revu.
(Tiré du livre Légendes
des villages)
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